Kenya: les bio-carburants menacent

Par J-C le 15 juillet 2009
Dans la Catégorie: A l'étranger

DELTA DE LA RIVIERE TANA (Kenya) - “Nous pouvons être expulsés à n’importe quel moment. Il vont devoir assécher la zone et tout ce qu’il nous restera sera la pauvreté”. Bernard Onyongo, pêcheur de 65 ans, voit son mode de vie menacé par la ruée sur les terres arables africaines.

Confrontés à un projet agricole qatari et trois autres de bio-carburants sur des dizaines de milliers d’hectares, Bernard et 20.000 villageois du delta de la rivière Tana, dans le nord-est du Kenya, ont fait ces dernières mois l’amère découverte d’un phénomène mondial, le “land grabbing” ou accaparement de terres.

Une ressource vitale et abondante, l’eau, a modelé dans cette région un paradis terrestre, exemple rare d’harmonie entre l’activité humaine - pêche, agriculture, élevage - et une faune sauvage foisonnante d’hippopotames, crocodiles et autres oiseaux.

Ce fragile équilibre est menacé de mort par plusieurs projets du gouvernement kényan et de compagnies étrangères qui veulent y cultiver de la canne à sucre et du jatropha pour produire des bio-carburants.

Le plus avancé est mis en oeuvre par la principale compagnie sucrière kényane, la Mumias Sugar Compagny (MSC), en collaboration avec l’agence gouvernementale de gestion du site.

De même, un protocole d’accord passé fin 2008 entre le Kenya et le Qatar, confirmé à l’AFP par une source à la présidence kényane, prévoit l’allocation au Qatar d’environ 40.000 hectares pour des fins agricoles en échange de la construction d’un port moderne sur l’île voisine de Lamu.

Si les communautés locales affirment de pas être opposées par principe à ces projets susceptibles de générer des revenus, elles rejettent catégoriquement celui de la MSC, qui entraînerait selon elles le déplacement de 22.000 villageois et l’assèchement des terres humides.

En dépit du soutien d’ONG kényanes, elles ont perdu leur première bataille: la Haute cour de Malindi (est) a rejeté courant juin leur plainte, permettant de fait la reprise du projet gelé depuis fin 2008.

Les habitants du delta ne sont pas les seuls concernés par ces projets: la rivière Tana et un réseau complexe de petits lacs attirent des dizaines de milliers de têtes de bétail du grand nord-est kényan à la saison sèche.

“Depuis de nombreuses années, le delta est utilisé par les pastoralistes pour les pâturages, surtout en saison sèche. Si vous enlevez le delta (…) leur mode de vie disparaîtra”, résume Hadley Becha, président de l’East African Wildlife Society, une ONG environnementaliste.

“Le bétail n’aura d’autre site de pâturage qu’une fine bande entre la rivière et le projet (…) Les crocodiles vont se retrouver concentrés dans la rivière, une situation dangereuse pour les troupeaux et les humains”, s’alarme Maulidi Kumbi Diwayu, responsable associatif local.

Au coeur de ce litige figure la question - centrale au Kenya - de la propriété foncière: l’ultra-majorité des populations locales Orma ou Pokomo n’ont pas de titre de propriété et l’Agence (gouvernementale) pour le développement des rivières Tana et Athi affirme être le vrai propriétaire foncier.

Rares sont ceux - à l’image du chef de village de Didewaride, le septuagénaire Worede Dela Godana Jara - à pouvoir exhiber un titre de propriété délivré en 1923 à son aïeul par l’administration coloniale britannique…

Reste un mince espoir pour les communautés locales: leur site pourrait être prochainement classé au sein de la Convention internationale “Ramsar” sur les zones humides qui, sans exclure les projets agricoles, prévoit une gestion durable des ressources naturelles.

Source : Romandie news

La capote Bio

Par J-C le 5 juillet 2009
Dans la Catégorie: Agriculture, News de BioBlog
La capote Bio

La capote Bio

Avis aux écolos en quête d’ amour 100 % bio : Terra Eco, «le mensuel du développement durable» a consacré un article entier à «la capote verte» dans son numéro d’été : «de plus en plus de marques sont émoustillées par le créneau de la capote verte. Les mastodontes du secteur préfèrent, eux, vanter leur latex 100% naturel. Mais cela ne suffit pas à en faire un produit écolo», constate pourtant le mensuel.

Ainsi, en France, dans les magasins bio ou certaines pharmacies, on trouve les NamNam à la fraise ou les Birds’n Bees de couleur verte du Dr. Theiss, une marque suédoise qui affirme utiliser uniquement du naturel pour son latex et ses produits de traitement. Depuis fin 2007, la marque French Letter commercialise également des capotes issues de filières de commerce équitable ! L’enjeu est énorme car, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), 10,4 milliards de préservatifs ont été utilisés dans le monde en 2005.

Cocktail chimique
Alors les poids lourds s’y mettent aussi, Durex comme Manix communiquent «développement durable», «latex naturel»… Mais l’article de Terra Eco émet de fortes réserves : «Problème : l’ensemble de la filière n’apparaît pas aussi vert (…) à cause du cocktail chimique dans lequel elles ont trempé, la plupart des capotes fabriquées à partir de latex ne se révèlent pas plus biodégradables que leurs cousines en plastique (du polyuréthane)».

Sans compter qu’il n’existe pas vraiment non plus de lubrifiants 100 % vert…Ce n’est pourtant pas une raison pour les abandonner!

Par Marc Endeweld
Source: http://www.tetu.com

La fin de la biodiversité ?

Par J-C le 4 juillet 2009
Dans la Catégorie: Coups de Gueule

Tout le monde s’en fout !
Le dernier rapport de l’UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature, publié le 2 juillet est accablant: dans le monde, un amphibien sur trois, un oiseau sur huit et un mammifère sur quatre sont menacés de disparition pure et simple. Et les milliers de scientifiques qui ont participé à l’étude expliquent que faute de moyens ils sont très probablement en dessous de la réalité et que les chiffres «sont considérablement sous-estimés». Le décompte mène au total de 16 928 espèces en voie d’extinction sur les 44 838 qui figurent sur la liste rouge des animaux en danger; décompte qui n’inclut pas les espèces végétales en perdition. Les études menées également à propos des conséquences du réchauffement climatique sur cette chute accélérée de la biodiversité montrent que la situation ne peut que rapidement empirer, qu’il s’agisse des espèces animales ou des espèces végétales. Depuis les années 50 du XX éme siècle, 1159 espèces ont disparu ou ne subsistent plus que dans quelques parcs zoologiques. Ce constat de l’allongement démesuré, depuis le dernier rapport il y a quatre ans, de la liste rouge de l’UICN, rappelle que la plupart des pays, y compris l’Europe et la France, ont échoué à freiner une tendance qui avait été constaté en 2002 à la conférence mondiale de Johannesburg qui ne faisait que reprendre les termes de la « Convention internationale sur le biodiversité » adoptée dans l’enthousiasme médiatique à la conférence de Rio en 1992. Encore qu’ « échoué » n’est pas le terme qui convient : en fait la quasi totalité des gouvernements ne se préoccupe absolument pas de la chute de la biodiversité. Le mot orne les discours mais n’entraîne pas de mesures concrètes. Alors que la préservation de cette biodiversité est partout une nécessité scientifique, pharmaceutique, alimentaire, économique et évidemment culturelle.

La Commission européenne n’a jamais réussi à émouvoir les 27 pays de l’Union Européenne alors qu’elle avait fixé comme objectif pour 2010, un renforcement de la biodiversité. Voeu pieux. Ce manque d’intérêt n’a rien à voir avec la crise économique qui commence aujourd’hui à servir d’excuse commode et amène l’UICN, qui n’est pas précisément un repaire d’écolos extrémistes, à déclarer en tête de son rapport « la crise que traverse la vie sauvage est pire que la crise économique ».

Les Français, et d’autres, s’émeuvent régulièrement de la raréfaction du tigre, de la réduction du nombre d’éléphants en Afrique, de l’orang-outan d’Indonésie ou du gorille des montagnes (il en reste 700) à la frontière du Congo et du Rwanda. Ils donnent volontiers des leçons de morale écologique à des pays économiquement faibles qui ont d’autres préoccupations urgentes ; alors qu’un pays (encore) riche comme l’Espagne se révèle incapable de préserver ses derniers lynx pardel et que la France peine à faire respecter les lois censées protéger la biodiversité. Faute de moyens et surtout faute de volonté. Et il n’y a pas que pour le loup, l’ours, le lynx ou les oiseaux sauvages que les gouvernements français, car la tendance lourde n’est pas nouvelle, laissent la nature à l’abandon, au gré des humeurs des élus locaux, généraux et régionaux. Tout ce qui reste de la richesse biologique française est saucissonné par les autoroutes inutiles, les déviations, les ronds-points ou les voies express à quatre voies hérissés de hautes clôtures ; comme celle que des élus viennent d’inaugurer sur douze kilomètres entre l’autoroute A 77 et la ville de Gien : l’exemple de ce qu’il ne faut plus faire avait promis le Grenelle de l’Environnement dont les recommandations se sont perdues dans l’espace politique et économique français. Ce petit morceau de fausse autoroute, comme bien d’autres, coupe en deux un écosystème ordinaire mais riche en espèces définitivement séparées et pour faire bonne mesure, le Conseil général a fait abattre tous les platanes vénérables qui bordaient l’ancienne route ; en vertu du principe bien connu selon lequel les arbres ont la fâcheuse manie de sauter au milieu des routes pour heurter les voitures. L’histoire de ces douze petits kilomètres calamiteux illustre le mépris constant pour la biodiversité : parce qu’il s’agit pour trop d’élus « d’histoires de petits oiseaux » et aussi, surtout, parce qu’au contraire d’une route ou d’un rond point, la préservation de la biodiversité ne s’inaugure pas avec coupage de ruban et photo dans le journal.

Autre illustration du comportement de nombreux élus : la Ligue pour la Protection des Oiseaux, à la suite de nombreux courriers de ses membres scandalisés, est partie hier en guerre contre les trop nombreuses municipalités qui organisent la destruction des nids d’hirondelles et de martinets dans les villes. Parce qu’il parait que ces oiseaux ont l’audace de chier sur quelques murs et quelques trottoirs. Pas étonnant qu’au cours des dernières années, période qui a vu l’intensification de ces « opérations propreté », les effectifs d’hirondelles aient chuté de 39 %. La LPO rappelle que la destruction d’un nid d’hirondelles est passible d’une amende de 9000 euros et de six mois de prison. Mais quel juge d’une ville de province condamnera son maire pour cette atteinte à la diversité. Surtout s’ils vont à la chasse ensemble…

Si on ajoute à ces agressions ordinaires ou extraordinaires, l’agriculture intensive, la prolifération des urbanisations anarchiques, la pollution et le recalibrage des torrents ou des rivières, l’assèchement des marais, la culture du maïs n’importe où, des chasseurs ou des agriculteurs qui sèment des pièges et de appâts empoisonnés, il est facile de comprendre que les textes et les déclarations de bonne volonté ne font pas une protection. A quoi sert, par exemple, que la loi protége 32 insectes, dont les superbes papillons Apollon ou Diane, si des dizaines de milliers de tonnes d’insecticides continuent à être épandus sur le territoire ? Comme sur le département de l’Hérault ou un arrêté préfectoral, manifestement illégal, vient d’autoriser l’épandage de produits contre les insectes par avion. Autre illustration de l’hypocrisie française : le ministère de l’Ecologie se vante régulièrement que la loi protége 55 espèces de mammifères. En omettant de préciser que ce chiffre comprend 34 espèces de chauve-souris. Et que, pour les mammifères comme pour les oiseaux, les tirs illégaux, les naturalisations pour vendre aux touristes sont trop rarement sanctionnés parce que les tribunaux (il s’agit de délits) ont autre chose à faire.

Les scientifiques qui travaillent, souvent de façon bénévole, pour l’UICN sont découragés de protester dans un désert politique et parfois médiatique. Si les courbes de disparition qu’ils décrivent se prolongent, ils crieront bientôt dans le désert de la planète. Mais bon, il y a le chômage, les délocalisations, la retraite qui prend un coup de vieux, la sécu qui a le cancer, l’insécurité, l’Irak (très pollué…), les licenciements, la grande misère des banquiers, les gens qui ne partent pas en vacances, alors on ne va pas faire un drame pour des hirondelles qui ne feront bientôt plus le printemps, une tulipe sauvage cueillie trop souvent ou une genette que les offices de tourisme ne peuvent pas montrer aux visiteurs…

Par Claude-Marie Vadrot
Source : www.mediapart.fr